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2006-2012 - textes, photographies, peintures,  vidéos, expos

La Serpente

Publié le 11 Janvier 2007 par Cendre in Littérature - cinéma - art - cult...

© Cendre

 

Ta voix, la revanche de toutes les cathédrales qui pleurent, elle s'inscrit dans la voussure, l'innée rotation du moment de renaissance, c'est la tombe sonore aux yeux d'infini - elle se nourrit d'anti-moi-même (de belles hallucinations, décidément), puissant vampire, belle salvation. Je te révère comme dans une annihilation verticale, je te souille en t'aimant, deviens partie intégrante et incongrue de ta nuit - douleurs et rouleaux, pleurs et chapiteaux historiés montrant l'obscène de ma détermination à être comme le jour de toute ton horreur, ta masse nocturne suffisamment subie.

 Peu d'importance, je suis le relais, je prends ta croix.

 J'y gyre, je m'y meus, et les sinistres volutes de ta voix, ce cristal de nuit épouvanté à tous les horizons, cette chauve-souris clouée au Golgotha de mon âme, saignent en queues serpentines le dernier spasme, le dernier cri - d'agonie - la dernière vision - celle que j'aimais, il y a longtemps, près de la bruyante mer, toi la belle Annabel Lee, langue bifide et spasmes dans le tombeau.

 Toi la toute-nuit, la parfaite, l'éternelle, celle qui me fait puiser du bois et fendre de l'eau - ô merveille! - tout t'inscrit, reine des nombres et des chiffres, comme le parvis de l'impossible, le verbe aimer comme une lame acérée dans la bouche. Je t'aime à l'égal de la voûte nocturne - tu es ma voûte nocturne. Ma Lilith de tous les triptyques, ma pute de toutes les Apocalypses.

 Tout regard se troue face à la vérité du vide - néanmoins un œuf de serpent, caché dans un coin de pierre, émit un message, impérial codex de fin de cycle : belles lueurs de redressement signifiées à l'entour de l'ogive, saigne la mandorle du cri, il brûle ton cri de neige dans la neige, ta souffrance qu'aucun être sans corps ne saurait imiter.

 A la nuit, à toi, os de voix, ma lumière enfermée dans les os, danse de guerre sainte avalant les parchemins de la moelle épinière ; à toi ce cri qui ouvre les passages secrets donnant sur la terra incognita.

Philippe Pissier

 LA VOÂ D'LA SERPENTE,
PARCHE Q'CÉ LA SERPENTE QUE J'AIME, MOÂ